La Métamorphose, Franz Kafka

Rien qu’à la vue de la couverture, on est submergé de dégoût. Cette histoire, « excessivement répugnante », confie l’auteur, est celle d’un voyageur de commerce, Gregor Samsa, qui se réveille changé en cancrelat. Nul ne connaît la raison, mais cette transformation plonge la famille du héros – ou de l’antihéros – dans le chaos. Le cauchemar mène à l’angoisse, puis à la mort… A première vue, on peut penser que l’histoire n’est qu’un « châtiment imaginaire que Kafka s’inflige » (Claude David) puisqu’on remarque une similitude entre l’auteur et le personnage. Par exemple, on se rend compte que le nom du protagoniste, Samsa, est calqué sur celui de l’auteur, Kafka. La question qui se poserait, à ce stade, serait : « Pourquoi a-t-il eu besoin d’écrire ce châtiment ? Serait-il masochiste, ou de la même veine ? ». On se rend compte, en poussant plus loin nos recherches et notre réflexion, que cet ouvrage est, plutôt qu’un simple supplice imaginé, l’expression des sentiments de Kafka sur certains points de sa propre vie, dont une réflexion puissante sur lui-même et sur les autres. On comprends alors que ce récit n’est autre qu’une autobiographie métaphorique.

En lisant des ouvrages complémentaires, tels que Lettre au père ou certaines de ses correspondances, il apparaît clairement que Kafka se considérait comme un parasite, qui ne peut plus que haïr : « Je les hais tous à tour de rôle ; je pense que, pendant ces quinze jours, j’aurai du mal à leur souhaiter le bonjour. » C’est bien ce qu’il arrive à Samsa : changé en bête immonde, il ne peut plus aimer, ni être aimé, ce qui mène à la ruine de l’esprit, puis du corps, puisque aimer et être aimé sont deux valeurs primordiales – vitales ! – chez l’homme. De fait, la relation particulière entretenue avec son père est à l’image de la réalité de Kafka.

C’est le complexe décortiqué dans Lettre au père, réflexion qui le pousse à écrire cet ouvrage. Son père se trouve avoir été un tyran narcissique qui nourrissait une haine inavouable envers Kafka. Un jour, il déclara à son fils qu’il le « déchirerait comme un poisson » (authentique).
Cette œuvre est donc un concentré de douleur plus ou moins visible. A nous, lecteurs, de ne pas considérer l’ouvrage comme l’histoire qui, justement, nous donne le cafard d’une façon ennuyeuse, mais plutôt comme le sombre récit d’une souffrance extrême que Kafka a distillé tout au long de l’écriture de ce chef-d’œuvre émouvant.

Quelques citations

« Mes chers parents, dit la sœur en frappant sur la table en matière d’introduction, « cela ne peut plus continuer comme cela […] : il faut nous débarrasser de ça. »

« Mort ? dit Mme Samsa en levant les yeux d’un air interrogatif vers la femme de peine […]. Et comment !  dit la femme de peine, et, pour administrer la preuve, elle déplaça encore le cadavre d’un grand coup de balai […]. Eh bien dit M Samsa, nous pouvons rendre grâce à Dieu »

Bio rapide et liens

Né en 1883 et mort en 1924, Franz Kafka est un écrivain pragois réputé pour ses romans sombres et sinistres tels que Le Procès ou Le Château.

Il laisse une œuvre immense, où bureaucratie, indifférence et impersonnalité de la société sont omniprésentes.