Orlando, Virginia Woolf

Orlando est un roman surprenant, hybride, à l’image du personnage central et le résumer relève de la gageure.En effet, Orlando est d’abord un jeune homme, noble et bien vu par la Reine Elizabeth. Lorsque le roman s’ouvre, nous sommes au XVIe siècle. Lorsque nous refermons le livre, nous sommes le jeudi onze octobre 1928. Que s’est-il passé entre temps ? Orlando est devenu une femme. Woolf nous offre avec ce roman un merveilleux voyage à travers les époques. Orlando a 36 ans, il parcourt les siècles, change de sexe et nous révèle ainsi son identité plurielle. Au fil du texte et du temps, et surtout pendant l’aire victorienne c’est-à-dire au XIXe siècle, le narrateur prend plaisir à utiliser l’ironie et la parodie pour souligner les travers des hommes et de toute une époque. Woolf elle-même se plait à jouer avec les codesde la biographie. En effet, le roman laisse bel et bien apparaître l’impossibilité de toute biographie face à un être qui expérimente de nombreuses vies possibles. Woolf montre ici de façon magistrale à quel point, nous avons en nous plusieurs « moi », indéterminés, fluctuants et pourtant présents.

A la traversée du temps répond aussi celle des pays et des classes sociales. Orlando part en effet en Turquie après une déception amoureuse terrible. C’est là-bas que, à la surprise générale, il dormira sept jours d’affilée et se réveillera en tant que femme, l’Orient devenant ainsi le lieu de la métamorphose. Orlando se retrouve également à vivre au milieu de Bohémiens. Woolf nous offre à partir de là une réflexion intéressante sur le changement de sexe, de situation sociale, sur l’infini de possibles que contient en lui seul le personnage d’Orlando. De retour en Angleterre, Orlando se voue pleinement à l’écriture, ce qu’elle faisait déjà lorsqu’elle était un homme.

Être déphasé par rapport à son époque, Orlando cherche un refuge dans l’écriture et la réflexion philosophique. C’est l’être romantique qui s’éveille après les charmes exotiques du voyage. Enfin, après la rencontre de Shelmerdine, Orlando se retrouve propulsée dans le présent. Elle doit faire face au temps et prend conscience qu’elle en est effrayée. Woolf nous donne à voir la course après le temps caractéristique de notre société et les douze coups de minuit qui ferment le roman sont autant d’ »explosions » pour Orlando et pour le lecteur qui prend conscience de la fragilité, de l’éclatement de l’existence humaine et d’une unité pourtant existante au sein des êtres multiples que nous sommes.

Quelques citations

  »Il recommençait ses promenades bizarres et mélancoliques le long des galeries, sa quête de quelque chose parmi les portraits, jusqu’au moment où il était interrompu par une vraie crise de sanglots à la vue d’une scène de neige, œuvre d’un artiste hollandais inconnu. Il lui semblait alors que la vie ne valait plus d’être vécue. Il oubliait les os de ses ancêtres et ne songeait plus que la vie se construit sur une tombe. »

« On peut remarquer ici que, vu l’ambiguïté de ses paroles, Orlando blâmait apparemment les deux sexes également, comme si elle n’appartenait à aucun. Il est vrai que jusque-là elle semblait vaciller ; elle était homme, elle était femme ; elle connaissait les secrets et partageait les faiblesses de l’un et de l’autre. C’était une situation affreusement déconcertante, à donner le vertige. »

« Elle avait une infinie variété de moi en réserve, dépassant de loin les capacités de logement d’une biographie, considérée comme complète lorsqu’elle se borne à rendre compte de six ou sept moi, alors qu’une personne peut aisément en compter six ou sept mille. »

Bio rapide et liens

Née en 1882 comme James Joyce, Virginia Woolf est sûrement la plus grande figure féminine de la littérature anglaise du XXe siècle.

Connue pour ses romans tels que Les Vagues ou Mrs. Dalloway, elle est également essayiste. En 1941, à la même année que James Joyce, elle met fin à ses jours.