Mrs. Dalloway, Virginia Woolf

Dans la lignée de James Joyce, Virginia Woolf aime à se plonger dans le flux de conscience du personnage éponyme, Clarissa Dalloway. Comme dans Ulysse de Joyce, Mrs Dalloway se déroule sur une seule journée qui n’est pourtant pas restreinte dans le temps : en effet, Clarissa plonge dans son passé et ressent de plus en plus fortement le passage du temps jusqu’à l’arrivée de la mort, le suicide de Septimus, que Clarissa ne connaît pas, mais dont elle saisit la mort avec une acuité toute particulière. Car ce sont deux destins que l’on suit à travers l’œuvre : d’un côté, celui de Clarissa, mariée à Richard, lassée par les longues absences de son mari politicien et consciente de la vanité de la vie mondaine qu’elle mène ;  de l’autre côté, celui de Septimus, mari de Lucrezia, ancien soldat ayant participé à la Première Guerre mondiale et devenu fou. Même si Clarissa et Septimus ne se connaissent pas dans l’œuvre, le lecteur comprend bien rapidement que ce sont deux personnages très proches, Septimus étant presque le double masculin de Clarissa.
Ces deux destins permettent à Woolf d’explorer des thématiques qui lui tiennent à cœur comme la folie ou le suicide par exemple. Roman lourd de sens et de subtilité, Mrs Dalloway explore la conscience malade de Septimus, hanté par son passé de soldat.

Il lui arrive même de revoir, dans des crises hallucinatoires, un ancien ami, un soldat tué. Dans cette façon d’écrire, de se cloisonner dans les consciences, Woolf nous montre clairement la difficulté de sortir de soi pour aller vers l’autre. Si le roman me touche autant, c’est parce qu’il montre à quel point l’autre est si difficile à cerner. Lucrezia représente bel et bien celle qui a en face d’elle un être qu’elle aime mais que, pourtant, elle ne reconnaît plus. En outre, une part non négligeable de l’œuvre est réellement poétique, et c’est cela qui me charme chez Virginia Woolf.

Dans le roman, les images liées à la Nature, à la mer, au temps sont omniprésentes et viennent enrichir les souvenirs, les pensées et les constatations des personnages. Il y a toujours chez Woolf une façon d’écrire, un rythme, comme le rythme des flots, qui nous berce et nous heurte, passant d’une conscience à l’autre pour nous faire voir à quel point « une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. » comme l’a si bien écrit Proust.

Quelques citations

« Pourtant le soleil brille, pourtant l’on se console ; et la vie a l’art d’ajouter les jours aux jours. »

« On n’a pas le droit de traîner dans la vie les mains dans les poches ; faites quelque chose, soyez quelque chose. »

« Ainsi, un jour d’été, les vagues se rassemblent, se soulèvent et retombent, se soulèvent et retombent, et le monde entier semble dire « C’est tout », avec une force de plus en plus grande, si bien que même le cœur, dans le corps étendu au soleil sur la plage, dit aussi : « C’est tout ». Ne crains plus, oh ! ne crains plus, dit le cœur qui remet son fardeau à la mer, une mer qui soupire innombrablement pour tous les chagrins, et qui recommence, se soulève et retombe. Et le corps resté seul écoute l’abeille qui passe, la vague qui se brise, le chien qui aboie, au loin, au loin. »

Bio rapide et liens :

Née en 1882 comme James Joyce, Virginia Woolf est sûrement la plus grande figure féminine de la littérature anglaise du XXe siècle.

Connue pour ses romans tels que Les Vagues ou Mrs. Dalloway, elle est également essayiste. En 1941, à la même année que James Joyce, elle met fin à ses jours.