La bande mouchetée, Arthur Conan Doyle

Les récits de Sherlock Holmes ont toujours quelque chose à nous dire. Conan Doyle en a écrit beaucoup, et, victime de son succès, il a même été obligé de ressusciter son héros une fois que les protestations de ses auteurs s’élevaient contre la mort de M.Holmes. Ici encore, nous retrouvons l’intelligence et la perspicacité du détective le plus connu au monde. Mais cette histoire a également son propre intérêt. L’auteur joue déjà sur le titre, au combien énigmatique ; ce sera pourtant ce même titre qui viendra expliquer toute l’affaire. Le lecteur a dans les mains, dès les premières lignes, une possible résolution. C’est une ruse aisée et qui marche à tous les coups. Watson, fidèle lieutenant et image de l’écrivain, double de Conan Doyle, suit toujours avec plaisir l’enquête de son ami Sherlock Holmes.

Le mystère repose quasi exclusivement sur des problèmes techniques : comment le meurtre a été possible et surtout, comment éviter un second cadavre ? Cette création d’une possible deuxième victime est un moyen de garder un suspense important. Il n’est pas rare, dans les récits de Sherlock Holmes, que la victime potentielle devienne  une victime tout court. Le lecteur est conscient de l‘urgence, même s’il sait rapidement, comme le détective, qui est le meurtrier. Savoir celui qui tue n’est pas contraire au mystère et à l’énigme ; bien au contraire. Dans La bande mouchetée, ce sont les sensations du lecteur qui sont convoquées : son ouïe et sa vision devront être utilisées pour percer le secret. C’est aussi le propre de cette littérature policière/de détective : mettre à contribution le lecteur, distiller les indices et le laisser le lecteur trouver son plaisir à débrouiller les ténèbres. Une trentaine de pages suffisent à cet écrivain talentueux et intelligent pour faire naître en nous le désir de savoir. Faire beaucoup avec peu pourrait être la devise de Conan Doyle…

Quelques citations

« Il avait cessé de frapper et il regardait fixement la bouche d’air quand, soudain, éclata dans le silence de la nuit le cri le plus horrible que j’aie jamais entendu. Il s’enfla, toujours de plus en plus fort, en un rauque rugissement où la douleur, la peur et la colère s’unissaient pour en faire un cri perçant et terrible. Il paraît que jusque là-bas, dans le village, et même jusqu’au lointain presbytère, ce cri réveilla les dormeurs dans leur lit. Il nous glaça le coeur et je demeurai là, à regarder Holmes du même regard exorbité dont lui-même me regarda, jusqu’à ce que mourussent enfin dans le silence les échos de ce cri qu’il avait troublé.

 – Qu’est-ce que cela signifie ? haletai-je.

–  Cela signifie que tout est fini, répondit Holmes, et peut-être, après tout, en est-il mieux ainsi.  »

Bio rapide et liens

Né en 1859, Arthur Conan Doyle doit sa célébrité à son détective Sherlock Holmes ou au professeur Challenger.

Médecin, comme le fameux Watson, avant de se consacrer pleinement à la littérature, il s’éteint en 1930 dans le Sussex.