Histoires ou Contes du temps passé, Charles Perrault

Présentation générale des Contes (en prose) de Perrault – Pour une analyse plus précise de chaque conte, reportez-vous à l’article consacré. On étudie assez peu les contes aujourd’hui, comme si leur aspect « enfantin » discréditait leur qualité. Pourtant, de grands écrivains comme Perrault ou Andersen s’y sont largement intéressés. Pourtant, la littérature de contes fait toujours recette, chez les libraires comme chez les enfants. Pourtant, les contes ne sont pas uniquement destinés aux enfants, loin s’en faut…  Nous nous proposons donc de résoudre ce problème en nous intéressant à des contes ; voici donc le premier article sur des contes, mais soyons francs et remarquons que nous avons attendu 176 fiches pour écrire enfin quelque chose sur les contes… Nous ne sommes pas tout blancs non plus !

Perrault donc, homme du siècle classique, haut responsable sous Louis XIV, publie ce recueil en 1697 sous le nom « Histoire de ma mère l’Oye ou contes du temps passé ». La mère l’Oie n’a jamais été identifiée ; mais elle représente une femme qui raconte des récits populaires aux enfants. Par association d’idée, la mère l’Oie devient le symbole de récits de peu d’importance. Cependant, Charles Perrault entend bien faire quelque chose de ces contes puisés dans la littérature populaire ; c’est là qu’interviennent ses « morales ». Nous croyons bien connaître les contes de Perrault, et ici, ces 8 contes en prose vous sont familiers. 5 contes « féminins », 3 contes « masculins », et une morale souvent tournée vers l’éducation des enfants ; le projet de Perrault est clair, il faut instruire l’enfant par le divertissement. L’enfant doit intégrer les normes de comportement prônées par le conte, il s’agit donc ici des normes qui correspondent à celle de l’auteur, c’est-à-dire les normes de la bourgeoisie.

Écriture normative et quelque peu factice donc, mais conception novatrice tout de même. On rappellera que l’enfant, jusqu’à la fin du XVIIème, n’est pas considéré comme un être à part entière. Perrault fait donc fort, et prône quelques valeurs bourgeoises, soulignant bien tout cela dans des morales finales quelque peu rébarbatives : travail, mérite, courage, honnêteté, valeur et vertu… Le modèle bourgeois est très répressif ; on rejette ce qui est instinctif, pulsionnel. Ainsi, tout ce qui touche à la passion ou la sexualité disparaît. Le Petit chaperon rouge doit ainsi réprimer ces désirs, La Belle au bois dormant est complètement passive, Cendrillon n’a aucune volonté véritable… Il faut bien sûr nuancer ce jugement avant de faire de Perrault un effroyable machiste, surtout qu’il se détourne sensiblement et ironiquement de ce modèle manichéen. Il n’en reste pas moins que le merveilleux, à travers les monstres ou le motif de la métamorphose, ne fait pas oublier la morale extrêmement bourgeoise qui glorifie l’ambition et le désir de réussite. Le succès économique et social est important. A nos yeux, nous glorifions les contes de Perrault car celui-ci a réussi un travail de réécriture dans un but bien précis (nous l’aimons aussi parce qu’il est français…) ; pour ce qui est de la beauté, du merveilleux et de l’importance des images, il vaudra mieux se tourner vers Andersen ou vers les deniers recueils des frères Grimm…

Citation tirée de la préface

« Cependant, MADEMOISELLE, quelque disproportion qu’il y ait entre la simplicité de ces Récits, et les lumières de votre esprit, si on examine bien ces Contes, (…) Ils renferment tous une Morale très sensée, et qui se découvre plus ou moins, selon le degré de pénétration de ceux qui les lisent ; d’ailleurs comme rien ne marque tant la vaste étendue d’un esprit, que de pouvoir s’élever en même temps aux plus grandes choses, et s’abaisser aux plus petites (…) cette connaissance leur [Héros de votre Race »] ayant paru nécessaire pour leur parfaite instruction »

Bio rapide et liens

Né en 1628, Charles Perrault est le contemporain de Molière, de Boileau, de Bossuet, de La Bruyère et de Racine.

Haut responsable dans l’administration royale, il ne revendiquera jamais la paternité de ces contes, preuve que le conte n’est déjà pas bien vu par les littérateurs… Il meurt en 1703, 12 ans avant la fin du règne du Roi Soleil.