Vanina Vanini, Stendhal

 Nouvelle issue des Chroniques italiennes de Stendhal, « Vanina Vanini » raconte l’histoire d’une passion amoureuseunissant la très belle Princesse Vanina au révolutionnaire carbonaro Pietro Missirilli. Ce dernier, après s’être enfui de prison, trouve refuge chez le père de la Princesse. Si Pietro se fait d’abord passer pour une femme, il révèle rapidement le subterfuge à Vanina qui tombe amoureuse de lui en le soignant. Après quatre mois de passion et d’ »amour parfait », Vanina propose à Pietro de l’épouser, ce qui lui permettrait d’avoir « une haute position » pour sa lutte politique. Pietro refuse par peur de devoir se déshonorer, preuve s’il en est que les idées politiques reprennent finalement le dessus et viennent faire de l’ombre à l’amour qui unit les deux personnages. Alors qu’il décide de recommencer à se battre pour l’unification de l’Italie, Pietro accepte de partir à Romagne où Vanina est censée le rejoindre. L’arrivée tardive de Vanina fait douter Pietro des sentiments de la princesse. Ce dernier finit par être mis à la tête d’un groupe de carbonari. Vanina, par amour et afin de ne pas faire courir le risque à son amant d’être mis à mort pour ses idées politiques, décide de dénoncer le dix-neuf révolutionnaires carbonari qui sont censés entrer en action avec Pietro. Cette trahison aura de funestes conséquences pour le couple car Pietro décide d’aller se rendre à la police afin de subir le même sort que ses compagnons.

Par amour, une fois de plus, Vanina cherche à faire tout ce qui est en son possible pour épargner la peine de mort à Pietro, quitte à séduire Don Livio, afin d’obtenir des informations de première importance concernant le sort de Pietro. Elle lui évite ainsi la peine de mort et parvient à obtenir une visite en prison. C’est là qu’elle lui rappelle à quel point elle l’aime et qu’elle décide également d’avouer son péché. La rupture est consommée et les deux amants deviennent « étrangers l’un à l’autre ». La passion finie, Vanina accepte le mariage avec Livio tandis que Pietro, furieux contre elle, reste en prison.

Le plaisir qu’a le lecteur à lire cette nouvelle naît aussi des échos nets que l’on trouve entre cette nouvelle et le roman La Chartreuse de Parme que Stendhal composera en 1838 et qui sera publié en 1839. De nombreux éléments tant dans le traitement des épisodes que dans le style romanesque annoncent déjà le grand roman à venir. La passion naissant entre le prisonnier et l’occupante des lieux n’est pas sans rappeler l’amour qui unit Fabrice Del Dongo à Clélia Conti dans La Chartreuse. Même amour, romanesque et impossible, mêmes intrigues et mêmes prises de risque au nom de l’amour. Mais Vanina semble aussi tout à fait intéressante parce qu’elle condense plusieurs aspects de la féminité stendhalienne.

Elle est tantôt la femme manipulatrice que l’on retrouve chez Gina, la tante de Fabrice Del Dongo, et la douce femme amante, jeune et prête à tout par amour. Toutefois, la force du récit nait aussi du rythme vif de la nouvelle. La charge romanesque rend le récit haletant et offre une réflexion intéressante sur les difficiles relations entre l’amour et la politique. Ces deux passions ne parviennent pas à s’accorder créant nécessairement la rupture, ce qui donne également au texte une tonalité pathétique. Mais cette succession d’aventures rocambolesques n’est pas sans une prise de distance par rapport à l’excessive charge romanesque qui marque la nouvelle. Comme dans La Chartreuse, l’exagération des sentiments et des aventures créent une certaine mise à distance par rapport aux comportements romanesques des personnages. C’est là sûrement toute la subtilité de l’écriture stendhalienne.

Quelques citations

« Missirilli fut au désespoir ;  il craignait de ne revoir jamais Vanina. Il fit des questions au chirurgien, qui le saigna et ne lui répondit pas. Même silence les jours suivants. Les yeux de Petro ne quittaient pas la fenêtre de la terrasse par laquelle Vanina avait coutume d’entrer. Il était fort malheureux. Une fois, vers minuit, il crut apercevoir quelqu’un dans l’ombre sur la terrasse : était-ce Vanina ? Vanina venait toutes les nuits coller sa joue contre les vitres de la fenêtre du jeune carbonaro. « Si je lui parle, se disait-elle, je suis perdue ! Non, jamais je ne dois le revoir ! » Cette résolution arrêtée, elle se rappelait, malgré elle, l’amitié qu’elle avait pris pour ce jeune homme, quand si sottement elle le croyait une femme. Après une intimité si douce, il fallait donc l’oublier ! »

« Vanina se précipita au cou de Missirilli. En le serrant dans ses bras, elle ne sentit que ses chaînes froides et pointues. « Qui les lui a données, ces chaînes ? » pensa-t-elle. Elle n’eut aucun plaisir à embrasser son amant. A cette douleur en succéda une autre plus poignante ; elle crut un instant que Missirilli savait son crime, tant son accueil fut glacé. « Chère amie, lui dit-il enfin, je regrette l’amour que vous avez pris pour moi ; c’est en vain que je cherche le mérite qui a pu vous l’inspirer. Revenons, croyez-m’en, à des sentiments plus chrétiens, oublions les illusions qui  jadis nous ont égarés ; je ne puis vous appartenir. Le malheur constant qui a suivi mes entreprises vient peut-être de l’état de péché mortel où je me suis constamment trouvé. Même à n’écouter que les conseils de la prudence humaine, pourquoi n’ai-je pas arrêté avec mes amis, lors de la fatale nuit de Forli ? Pourquoi, à l’instant du danger, ne me trouvais-je pas à mon poste ? Pourquoi mon absence a-t-elle pu autoriser les soupçons les plus cruels ? J’avais une autre passion que celle de la liberté de l’Italie. » »

Bio rapide et liens

Né en 1783 à Grenoble et mort en 1842 à Paris, Stendhal, dont le vrai nom est Henri Beyle, fait partie des grands romanciers du XIXe siècle français.

Amoureux de l’Italie, Stendhal s’inscrit à la fois dans la veine romantique et dans la veine réaliste. Ses plus grands romans, chefs-d’oeuvre du roman de formation, sont Le Rouge et le Noir ainsi que La Chartreuse de Parme.