Drame romantique et historique de Musset, Lorenzaccio est une pièce audacieuse, ample et diverse. La complexité de l’intrigue place l’œuvre dans la lignée des tragédies historiques de William Shakespeare. L’ensemble de la pièce est empreinte de cette complexité qui va jusqu’à affecter le personnage principal, Lorenzo, cousin d’Alexandre de Médicis. Surnommé Lorenzaccio, il est à la fois un personnage aux mœurs légères et un tyrannicide au regard lucide. Il sait pertinemment que Florence et son peuple sont incapables de jouir de la liberté retrouvée. Pièce éminemment politique, Lorenzaccio permet de plonger au cœur des désillusions qui affectent tout changement politique. En effet, ce qui surprend le lecteur-spectateur c’est bien l’absence de changements notoires après l’assassinat d’Alexandre qui est comparé à un tyran totalement débauché. La composition de la pièce quant à elle n’est en rien aisée. La multiplication des intrigues, qui désarçonne le lecteur, permet d’exposer avec plus de force encore le foisonnement des intérêts politiques.


Pièce qui questionne la liberté d’un être (Lorenzo) mais aussi d’un peuple (Florence), Lorenzaccio nous montre à quel point Lorenzo manifeste sa liberté en manipulant et tuant son cousin. Néanmoins, libérer Florence semble inutile. Le peuple ne semble guère réagir et c’est finalement le tyrannicide, le libérateur que l’on assassine. La liberté n’était donc qu’une illusion et c’est alors que se fait sentir le réel pouvoir, celui qu’incarne le personnage de Cibo. C’est ce groupe qui, depuis le début, tire les ficelles. Ce retour au point de départ (Côme remplace Alexandre) nous prouve que se battre pour des valeurs n’a pas de sens. Lorenzaccio est alors un personnage désabusé. C’est finalement une pièce de la lucidité que nous offre Musset. Lorenzo devient ce héros romantique et cynique dans une situation historique qui n’est pas sans rappeler celle de la France lors de la rédaction. Florence n’a pas voulu de cette liberté qu’on lui a offerte, dans le sang : preuve peut-être que la révolution n’est possible que si le peuple accepte de sortir de sa « servitude volontaire » comme l’a si bien dit La Boétie.

Quelques citations :

LORENZO: « Je me suis réveillé de mes rêves, rien de plus. Je te dis le danger d’en faire. Je connais la vie, et c’est une vilaine cuisine, sois-en persuadé. Ne mets pas la main là-dedans, si tu respectes quelque chose. »

LORENZO: « Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m’entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d’Alexandre : dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté. »

Bio rapide et liens :

Alfred de Musset, né en 1810 et mort en 1857, fait partie des auteurs romantiques qui, à la suite de Victor Hugo, ont encouragé le vent de liberté qui soufflait en littérature.

Poète, dramaturge, il n’écrira qu’un seul drame historique, Lorenzaccio, qui n’a pas été représenté du vivant de l’auteur.

 

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