Je me demande souvent ce qui fait qu’un écrivain est destiné à devenir un grand écrivain Je cherche non pas des trucs et astuces dans leurs travaux, je ne collectionne pas leurs bons mots, dénichés dans leurs canevas ou leurs oeuvres, mais je me penche parfois sur leurs biographies. Or, il n’est pas rare de voir que l’écrivain en question a perdu un de ses parents en bas âge. Je ne voudrais pas faire du Freud à deux sous ou généraliser une situation, mais je retrouve souvent cette caractéristique. Le Clézio n’a pas perdu de parent durant son enfance, mais son père était absent, très loin de la vie familiale, dans les déserts médicaux de l’Afrique. C’est lui, « l’Africain », ce père rigide et solitaire, que l’auteur redécouvre au fur et à mesure de l’écriture. J.M.G Le Clézio se plonge dans un temps qu’il connaît mal, aux hasards de photos retrouvées, j’imagine, quelque part dans une boîte à chaussures, ou dans un grenier. Ce récit autobiographique est touchant, sans faire dans le pathétique : nous sentons que l’écriture est ce point d’ancrage, ce mince lien qui permet au fils, durant un court instant, de retrouver son père, trop souvent loin de lui durant des années.


Aux hasards de lieux africains et inconnus, aux noms exotiques et dépaysants, il y a un Européen, un Anglais, le père de Le Clézio. La Seconde Guerre Mondiale a éloigné le père du reste de la famille ; parti peu avant la guerre, il lui est impossible techniquement de retourner en Europe. Sa solitude, son courage et la puissance sauvage de l’Afrique se mêlent pour exalter l’admiration du fils pour le père, admiration malgré tout mêlée de crainte devant ce père autoritaire. Le style du Clézio renoue avec les charmes de romans écrits auparavant, par exemple Le Chercheur d’Or : nous vivons avec lui certains moments passés en Afrique, ses excursions d’enfant heureux. La nature, même à travers une simple photographie, est le lieu d’un rêve pour l’auteur, d’un songe qui le pousse à imaginer la vie de ses parents au moment où la photo a été prise. Il y a quelque chose de tendre dans l’Africain, quelque chose lié à l’amour filial, Le Clézio n’est plus cet immense écrivain mais le petit garçon à la recherche de ses origines. Ce petit livre est un grand hommage à un père aimé bien qu’absent ; récit biographique du père de l’écrivain, on peut aisément ranger l’Africain dans le genre autobiographique, tant Le Clézio se dévoile en cherchant son propre père.

Quelques citations :

« L’arrivée en Afrique a été pour moi l’entrée dans l’antichambre du monde adulte. »

« Sur ses photos paraissent la solitude, l’abandon, l’impression d’avoir touché à la rive la plus lointaine du monde. »

« Mais peut-être qu’à l’écrire je rends trop littéraire, trop symbolique la fureur qui animait nos bras quand nous frappions la termitière. Nous étions seulement deux enfants qui avaient traversé l’enfermement de cinq années de guerre, élevés dans un environnement de femmes, dans un mélange de crainte et de ruse, où le seul éclat était la voix de ma grand-mère maudissant les « Boches ».

Bio rapide et liens :

Jean-Marie Gustave Le Clézio est né en 1940 à Nice. Grand voyageur, mauricien puis français, il a été influencé par le Nouveau Roman au début de ses travaux.

 

 

 

 

 

 

 

Prix Renaudot en 1963 avec le Procès-Verbal, ses récits sont faits de voyages et de songes, de mythes et de découvertes. Il a reçu le prix Nobel de Littérature en 2008.

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