La Princesse de Montpensier, Madame de Lafayette

Nouvelle de Madame de Lafayette, La Princesse de Montpensier présente une intrigue similaire, à plusieurs égards, à celle du grand roman que l’auteur écrira quelques années plus tard, c’est-à-dire La Princesse de Clèves. On y retrouve un même cadre, la Cour du Roi de France, des intrigues amoureuses et des passions qui dévorent les êtres et les perdent. Ici, les personnages évoluent sous le règne de Charles IX, durant la deuxième moitié du XVIe siècle, en plein milieu des guerres de religion.  A ces déchirements à l’intérieur du pays répondent les déchirements au sein des alliances amicales, amoureuses et au sein même des êtres dont l’auteur sonde les abîmes. La Princesse de Montpensier, appelée Mlle de Mézières avant son mariage, est, depuis sa jeunesse destinée au duc de Guise, dont elle est éprise. Une décision de ses parents fait qu’elle se retrouve mariée, contre sa volonté, au Prince de Montpensier, pour lequel elle ne ressent rien.

Très vite, à Champigny où elle réside, elle se lie d’amitié avec le comte de Chabannes, un ami proche du Prince de Montpensier. Mais rapidement, cette amitié se transforme en amour, un amour que ne partage pas la Princesse de Montpensier, toujours éprise du duc de Guise. Cet amour déçu ne sera pas le seul. En effet, en revoyant le duc de Guise, elle le rencontre en compagnie du duc d’Anjou, qui lui aussi finit par succomber aux charmes de la Princesse.

En somme, tous les regards et les cœurs sont tournés vers la Princesse qui ne souhaite qu’une seule chose : retrouver le duc de Guise. Au fur et à mesure de l’intrigue, les secrets se révèlent et les masques tombent. Le Prince devient tout particulièrement jaloux face à ses rivaux et surprend le duc de Guise qui s’est introduit chez la Princesse à l’aide du comte de Chabannes, qui, par amour pour la Princesse, décide de se sacrifier et de se faire passer pour celui qui a voulu voir la Princesse tandis que le duc de Guise s’enfuit.

La colère du Prince s’abat sur la Princesse qui tombe malade après la déception de son amour. Honteuse, elle meurt après avoir appris le mariage du duc de Guise et la mort du Comte de Chabannes lors du massacre de la Saint-Barthélémy. Madame de Lafayette nous peint évidemment l’horreur des passions, et surtout celles qui ne sont pas partagées. Avec un ton sec et un style concis, l’auteur dévoile le désespoir auquel est lié l’amour, passion peinte comme excessive et incontrôlable dans la nouvelle. Réelle tragédie, cette nouvelle nous donne à voir les facettes les plus noires de l’amour, de la colère à la jalousie, de la violence à l’aveuglement.

Quelques citations

« La fille unique du marquis de Mézières, héritière très considérable, et par ses grands biens, et par l’illustre maison d’Anjou dont elle était descendue, était promise au duc du Maine, cadet du duc de Guise, que l’on a depuis appelé le Balafré. L’extrême jeunesse de cette grande héritière retardait son mariage ; et cependant le duc de Guise qui la voyait souvent, et qui voyait en elle les commencements d’une grande beauté, en devînt amoureux et en fut aimé. Ils cachèrent leur amour avec beaucoup de soin. Le duc de Guise, qui n’avait pas encore autant d’ambition qu’il en a eu depuis, souhaitait ardemment de l’épouser, mais la crainte du cardinal de Lorraine, qui lui tenait lieu de père, l’empêchait de se déclarer. Les choses étaient en cet état, lorsque la maison de Bourbon, qui ne pouvait voir qu’avec envie l’élévation de celle de Guise, s’apercevant de l’avantage qu’elle recevrait de ce mariage, se résolut de le lui ôter et d’en profiter elle-même en faisant épouser cette héritière au jeune prince de Montpensier. On travailla à l’exécution de ce dessein avec tant de succès, que les parents de Mlle de Mézières […] se résolurent de la donner en mariage à ce jeune prince. Toute la maison de Guise fut extrêmement surprise de ce procédé, mais le duc en fut accablé de douleur, et l’intérêt de son amour lui fit recevoir, ce manquement de parole comme un affront insupportable. »

« Tant de déplaisirs si pressants la remirent bientôt dans un état aussi dangereux que celui dont elle était sortie et, comme Madame de Noirmoutiers était une personne qui prenait autant de soin de faire éclater ses galanteries que les autres prennent de les cacher, celles de Monsieur de Guise et d’elle étaient si publiques que tout éloignée et malade qu’était Madame de Montpensier, elle l’apprit de tant de côtés qu’elle n’en put douter. Ce fut le coup mortel pour sa vie. Elle ne put résister à la douleur d’avoir perdu l’estime de son mari, le cœur de son amant et le plus parfait ami qui fut jamais. Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde et qui aurait été la plus heureuse si la vertu et la prudence eussent conduit toutes ses actions. »

Bio rapide et liens

Née en 1634 et morte en 1693, Madame de La Fayette est l’une des plus grandes figures féminines du XVIIe siècle, avec Madame de Sévigné.

Son chef-d’œuvre, considéré comme roman d’analyse par excellence, est la Princesse de Clèves.