Bien que la pièce nous plonge dans le premier conflit de l’histoire antique, nous découvrons que la modernité a été choisie par l’auteur pour traiter d’un sujet central : la guerre. Le lecteur-spectateur comprend que Giraudoux veut comprendre les raisons qui poussent les hommes à la guerre et à la mort. Le dramaturge utilise l’antiquité afin de chercher les réponses à cette question. Giraudoux situe la pièce dans un cadre mythique c’est-à-dire capable de traverser les époques, devenant tout à fait actuel en 1935 lorsque la pièce est représentée. Dans cette quête d’explications, Giraudoux n’hésite pas à employer un ton badin. L’originalité de la pièce réside dans ces touches comiques et parodiques qui contrastent avec le dramatique du sujet abordé. En effet, l’enlèvement d’Hélène, une Grecque, par Pâris, un Troyen, est à la base du conflit qui s’annonce. Or, le lecteur-spectateur assiste aux instants qui précèdent l’inéluctable guerre. Le titre, qui va à l’encontre de la réalité historique, apparaît comme un espoir pacifiste.


Inspiré de l’Iliade, Giraudoux cherche par les marques comiques à rendre le ton moins tragique. Son style léger mais poétique nous surprend et nous plonge finalement dans le quotidien de héros devenus des individus banals. Giraudoux appelle à cet humanisme d’une humanité sans orgueil, sans démesure. Andromaque représente parfaitement cette justesse, cette humanité assumée. Ce qui nous frappe est l’analyse des moteurs de la guerre. Le double dénouement nous prouve que, certes, il existe le Destin, mais il y a surtout un consentement des hommes à faire la guerre. Les hommes, qui s’opposent sensiblement aux femmes dans la pièce, pensent pouvoir tirer un certain mérite de tant de combats. Hector, seul homme partisan de la paix, détruit les illusions de l’héroïsme que semble conférer la guerre. C’est finalement un mensonge, celui de Démokos qui accuse à tort Oiax, un Troyen, plutôt qu’Hector, de son meurtre, qui déclenche le redoutable conflit. Les hommes les plus pacifiques, résignés comme Ulysse, ne peuvent plus rien y faire. Les dieux ne sont plus les seuls à décider du sort de l’Humanité, c’est la bêtise humaine et son fanatisme outrancier, qui mènent le monde à sa perte. Giraudoux nous montre bien qu’au fond, il existe en chaque homme cet incontrôlable désir de destruction.

Quelques citations :

ANDROMAQUE: « La guerre de Troie n’aura pas lieu, Cassandre !
CASSANDRE: Je te tiens un pari, Andromaque.
ANDROMAQUE: Cet envoyé des Grecs a raison. On va bien le recevoir. On va bien lui envelopper sa petite Hélène, et on la lui rendra.
CASSANDRE: On va le recevoir grossièrement. On ne lui rendra pas Hélène. Et la guerre de Troie aura lieu. »

ULYSSE (à Hector): « Parce que nous avons été créés sensés, justes et courtois, nous nous parlons, une heure avant la guerre, comme nous nous parlerons longtemps après, en anciens combattants. Nous nous réconcilions avant la lutte même, c’est toujours cela. [...] Mais l’univers le sait, nous allons nous battre. »

Bio rapide et liens :

Auteur français né en 1882 et mort en 1944, Giraudoux est un romancier mais surtout un dramaturge qui s’est beaucoup inspiré de l’Antiquité pour ses créations.

Giraudoux, avec son style particulièrement poétique, a renouvelé le théâtre du XXe siècle.

 

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