La femme gauchère, Peter Handke

Ce roman de Peter Handke déconcerte et par son histoire et par son style, volontairement sec et laconique. La femme gauchère, c’est Marianne, mariée à Bruno et mère d’un fils de huit ans. Un jour, sans raison, elle demande à son mari de la quitter et de la laisser définitivement seule. Cette séparation voulue par la femme apparaît d’abord pour Bruno comme un jeu, auquel il se plie sans rechigner tout d’abord, avant de laisser place à la colère, qui ne peut qu’éclater face à l’obstination de Marianne. Le roman de Handke nous offre ici la peinture d’un changement radical de l’existence. Si la séparation est douloureuse pour Bruno, elle ressemble à une libération pour Marianne qui, par-delà l’épreuve douloureuse de la solitude, se reconstruit.

C’est grâce à une écriture cinématographique (et Peter Handke a d’ailleurs réalisé un film à partir de son roman) que l’auteur parvient à dresser ce portrait complexe d’une femme qui se cherche et qui refuse les attaches trop effrayantes qu’a pu lui imposer son mari. Désirant profiter de cette liberté nouvellement acquise, la femme refuse d’ailleurs toute promesse d’avenir lorsqu’elle rencontre un acteur qui s’éprend d’elle. Femme gauche et touchante, Marianne allie légèreté et sérieux face à une situation qui questionne l’aspect contraignant voire liberticide du couple. Incapable de s’engager pleinement dans une relation amoureuse qu’elle voit peu à peu comme un sacrifice de soi, Marianne rejette Bruno malgré les conséquences. Étrange mais pourtant impressionnante, Marianne est, pour le lecteur, une femme captivante qui apprend à s’écouter plutôt qu’à écouter les autres.

Quelques citations :

« La femme : « J’ai eu tout à coup l’illumination – ce mot également la fit rire – que tu t’en allais d’auprès de moi, que tu me laissais seule. Oui, c’est ça, Bruno, va-t’en. Laisse-moi seule. »

« De loin Bruno lui cria encore par-dessus son épaule : « Tâche de ne pas être trop seule. Sinon un de ces jours tu vas finir par en mourir. » Chez elle la femme se tint devant le miroir et se regarda longtemps dans les yeux ; non pour se regarder, mais comme si cela était une possibilité de réfléchir en paix sur soi-même. Elle commença à parler à haute voix : « Pensez ce que vous voudrez. Plus vous croirez pouvoir parler de moi, plus je serai libre à votre égard. »

« Tu n’éprouves donc jamais le besoin du bonheur avec d’autres ? » La femme : « Non je n’aimerais pas être heureuse, tout au plus apaisée. J’ai peur du bonheur. Je crois que je n’y tiendrais pas, là dans la tête. Je deviendrais folle pour toujours ou je mourrais. Ou je tuerais quelqu’un. »

Bio rapide et liens :

Peter Handke, né en Autriche en 1942, est un des grands écrivains de la littérature germanophone.

Son œuvre variée va du roman (La nuit morave) au théâtre (Outrage au public) et a été couronnée par le prix Büchner.