L’Ile au Trésor, Robert Louis Stevenson

Dans les mauvaises librairies, qui composent 80% du nombre des libraires, vous trouverez peut-être ce roman dans un rayon ou dans une collection pour enfants, avec illustrations et coloriages en fin d’ouvrage. Dans les bonnes libraires, soit 5% du lot (oui, 80% des librairies sont des vendeurs de livres, et non des libraires dignes de ce nom – les 15 autres % correspondent à des libraires qui n’ont jamais lu plus de 3 livres), donc, dans les bonnes librairies, ce roman devrait prendre place au milieu de la réelle littérature, calé quelque part entre Shakespeare et Tennessee Williams (oui, beaucoup de libraires rangent très mal notre pauvre Tennessee). Enfin bref, je ne fais pas le procès des vendeurs de livres, mais plutôt l’éloge de l’Ile au Trésor, trop souvent taxé de livre pour enfants (ce qui en soit n’est pourtant pas une tare)… Promis, j’arrête à mettre des parenthèses partout, et je me concentre sur ce roman.

La richesse de ce roman d’aventures tient bien sûr des nombreuses péripéties et des personnages haut en couleurs ; pensons à Long John Silver, insaisissable pirate, toujours du bon côté. Mais ce qui m’a encore plus marqué, malgré une traduction plus que faiblarde, c’est l’atmosphère proprement dite. Le luxe de détails et d’éléments propres aux marins, le caractère affirmé et reconnaissable des personnages ; Stevenson atteint une vraie maturité avec ce roman, nous sentons bien qu’il prend en considération le lecteur. La narration à deux voix (même brièvement) et cette teinte de réalisme lui permet d’embarquer le lecteur avec lui dans des aventures grandioses.  Le trésor de l’Ile au Trésor, même retrouvé, n’en est pas moins resté dans l’île : pour tout lecteur attentif, c’est bien l’Ile au Trésor, le roman, qui est un petit chef-d’œuvre.

Une citation

« Là-dessus, je descendis de la dunette en faisant le plus de bruit possible, ôtai vivement mes souliers, puis courus le long de la galerie réservée, remontai l’échelle du gaillard d’avant et sortis ma tête en avant de la dunette. Je savais qu’il ne se douterait pas de ma présence en cet endroit, je fus aussi prudent que possible et m’aperçus bientôt que mes pires soupçons étaient fondés. Il s’était levé de sa position en s’aidant des mains et des genoux et, quoique sa jambe le fît horriblement souffrir quand il se remuait, car je pus l’entendre étouffer un gémissement, ce fut encore assez vite qu’il se traîna à travers le pont. En une demi-minute il eut atteint les dalots à bâbord, il sortit d’un rouleau de corde un long couteau ou plutôt un court poignard teint de sang jusqu’au manche. Il le considéra un moment en avançant la mâchoire inférieure, essaya la pointe sur sa main, puis, le dissimulant dans l’intérieur de sa veste, il reprit sa place contre le bastingage. « 

Bio rapide et liens

Robert Louis Stevenson est né en 1850 à Edimbourg.

Grand voyageur, ses oeuvres marquantes sont L’Ile au Trésor et L’Etrange Cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde.