Fêtes galantes, Paul Verlaine

Dans ses Fêtes galantes, Verlaine nous invite à un très beau dialogue entre les arts et plus précisément entre la poésie, le théâtre, la peinture et la musique. C’est tout un univers artistique qu’il reprend, qu’il retravaille et qu’il rend sensible à l’oreille. L’ambiance paraît d’abord festive : des Arlequins dansent, font des pirouettes, ils portent des masques. Le badinage du XVIIIe siècle de Watteau est au rendez-vous et les intrigues amoureuses, ces « heureux instants » évoqués dans « En patinant » ne manquent pas. Mais bien vite, Verlaine débusque la fausseté de cette festivité. Le poète travaille, par ses vers, impairs, boiteux, aux coupes inhabituelles, cette thématique qui lui tient à cœur. Le poème devient le lieu d’un dévoilement, d’une constatation désabusée. Le siècle de Watteau est bien derrière nous, le badinage cache des visages tristes et le poète explore cette faille.

Ce qui me touche tout particulièrement dans ce recueil verlainien est le choix délibéré du « mode mineur » (« Clair de Lune »), de la lune plutôt que du soleil et du soir plutôt que de la journée. Ce choix pour les moments instables, pour ce « soir équivoque d’automne » (« Les ingénus ») montre bien à quel point la poésie verlainienne n’est pas naïve. Les acteurs, derrière leur masque, par-delà la joie que procure les divertissements de la commedia dell’arte , ne sont finalement que regret et tristesse. Les amours s’avèrent impossible, les souvenirs s’effacent jusqu’à l’irréversible séparation, jusqu’à l’oubli de l’autre (« Colloque sentimental »).

Verlaine nous dit de façon musicale et plus particulièrement grâce à des tonalités feutrées cette inquiétude toujours présente en l’homme même lorsqu’il semble jouir de la vie et des instants de (faux) bonheur qu’elle lui procure. Avec un art de la dissonance, Verlaine brise toute l’illusion du bonheur et introduit une faille irrémédiablement visible et sensible. Le lecteur découvre alors les beautés insoupçonnées de « fantoches » non plus en fête mais en « détresse ». Derrière l’apparence « fardée » (« L’allée ») de la vie, le poète n’est pas dupe. Et c’est ce qu’il ne veut pas qu’on soit.

Quelques citations

« Votre âme est un paysage choisi / Que vont charmant masques et bergamasques, / Jouant du luth, et dansant, et quasi / Tristes sous leurs déguisements fantasques. / Tout en chantant sur le mode mineur / L’amour vainqueur et la vie opportune, / Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur / Et leur chanson se mêle au clair de lune, / Au calme clair de lune triste et beau, / Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres / Et sangloter d’extase les jets d’eau, / Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres. » (« Clair de Lune »)

« Dans le vieux parc solitaire et glacé, / Deux formes ont tout à l’heure passé. / Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, / Et l’on entend à peine leurs paroles. / Dans le vieux parc solitaire et glacé, / Deux spectres ont évoqué le passé. / – Te souvient-il de notre extase ancienne ? / – Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? / – Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ? / Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non. / – Ah ! les beaux jours de bonheur indicible / Où nous joignions nos bouches ! – C’est possible. / – Qu’il était beau le ciel, et grand, l’espoir ! / – L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir. / Tels ils marchaient dans les avoines folles, / Et la nuit seule entendit leurs paroles. » (« Colloque sentimental »)

Bio rapide et liens

Poète français né en 1844, sa vie est bouleversée par sa rencontre avec Rimbaud avec lequel il vit une histoire d’amour passionnée  et destructrice.

Figure du poète maudit, Paul Verlaine meurt à Paris, en 1896.