Ecrire : tu parles d’une galère !

Vous vous êtes jetés à l’eau, sans trop réfléchir, sans trop rêver de limousines et de prix Goncourt : bravo. Peut-être avez vous lu notre premier article sur l’écriture. Si c’est le cas : sincères félicitations, vous avez de grandes chances de réussir, de décrocher le prix Nobel de Littérature en 2057 et de…

Bref : vous êtes prêt à écrire. Un stylo pour un manuscrit, un clavier pour un tapuscrit, et c’est parti. Aujourd’hui, je m’y mets.

Bim bada bim – bim bada bada boom – c’est pas si coool ! 

Non, c’est pas si facile que cela d’écrire. On est loin du cliché de l’écrivain qui n’en glande pas une, qui bosse deux heures sur son manuscrit et qui retourne à son lit ou à sa bouteille. Riez, riez, bande de couards : écrire est un métier, un travail. Et par conséquent, c’est difficile. Victor Hugo travaillait, selon ses propres dires, près de 10 heures par jour sur ses manuscrits. Ça vous pose un homme.

La première chose qui vient à l’idée quand on parle de difficultés dans l’écriture, c’est l’inspiration. Il faut avoir des idées, dit-on. Pour ma part, il n’y a aucun problème de ce côté-là, mais je traiterai tout de même, dès maintenant, du problème de l’inspiration.

Etre inspiré, c’est un sacré bordel, il faut dire. Ne croyez pas que Ronsard et ses potes croyaient aux Muses ! Ne croyez pas non plus que l’inspiration est innée. Comme l’imagination, il est une nouvelle fois question de travail. A mes yeux, je dois dire que l’inspiration n’existe pas : il s’agit plutôt de références. Pour faire simple, il me semble qu’on ne peut écrire sans être empli d’expériences, d’opinions, de rêves, de paysages, d’images. Quand j’écris une histoire, je puise dans ma propre personnalité, dans ce que j’aime comme dans ce que je déteste, dans les livres que j’ai adoré, dans les humains que je haïs, etc. Les mots de Rilke, dans Les Carnets de Malte Laurids Brigge, me hantent encore :

« Car les vers ne sont pas faits, comme les gens le croient, avec des sentiments (ceux-là, on ne les a que trop tôt) – ils sont fait d’expériences vécues. Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, beaucoup d’hommes et de choses… »

Je partage cet avis (en même temps, partager l’avis d’un génie comme Rilke, c’est assez facile, héhé) : quel que soit votre travail d’écriture, il faut se sentir prêt à dire des choses, il faut avoir envie de crier quelque chose à la face du monde. Personnellement, j’écris par révolte, j’écris parce que j’ai l’impression que mes nerfs ne se calment qu’une fois que la misère du monde est écrite sur le papier. Je considère que j’ai vu cette misère, que je la connais, que je l’ai approchée. On écrit pas en restant bien tranquillement dans son lit. On recherche, on planifie, on rature, on recommence. On se confronte à la réalité du monde, même si on veut en écrire un autre. Même Tolkien était plongé dans les livres, faisait des recherches immenses : cela lui permettait d’inventer des langues et des mondes… C’est ainsi qu’on nourrit notre plume, notre oeuvre. Lorsque l’on considère que l’idée est là, que l’on sait plus ou moins où l’on va, que l’on sait de quoi en veut parler (voir la chronique précédente sur l’importance de savoir « ce qu’on veut faire, ce qu’on veut dire »), l’écriture est bien plus aisée. On se confronte alors à un autre problème : je sais quoi écrire, mais je ne sais pas comment écrire.

Je me souviens d’une personne qui me disait qu’elle avait souvent des idées superbes et des plans de romans à écrire. Mais voilà, ses « dossiers » restaient sous clef et elle n’écrivait pas. Il faut dire que l’histoire ou la motivation ne suffisent pas. Ecrire n’est pas un don, et je le répète pour être une nouvelle fois pédant : écrire est un travail. Cela se travaille. Dire qu’on écrit c’est bien sympathique, écrire est une autre paire de manches. Je me souviens d’une chanson de Bénabar « De l’écrivain qu’écrivait rien / que tu trouvais génial… ». C’est un peu ça !

Une page d’écriture : ratures et recommencement perpétuel. 

Personne ne naît avec un don pour l’écriture. Il faut alors énormément écrire, raturer, voir qu’on est mauvais, continuer, s’améliorer quelque peu, tenir bon, recueillir quelques avis, ne pas se décourager, reprendre son travail. Dès lors, il ne faut pas être pressé. Votre style, votre patte, votre talent se forgeront à force de travail. Peut-être que cela ne marchera pas : comme le sport, il faut souvent un peu de folie, un peu de mystère et pas mal de chance pour que tout fonctionne. Mais sachez qu’il faut avant tout travailler et ne pas avoir peur d’écrire… Comment dire ? Il ne faut pas avoir peur d’écrire de la merde au début. Ou d’écrire comme une merde, c’est selon. La forme sera imparfaite dès vos premières lignes, c’est ainsi. La subtilité, l’intelligence, la fluidité : voilà des choses que vous n’atteindrez peut-être pas tout de suite. J’écris régulièrement depuis plusieurs années et je sais que mes textes manquent souvent de légèreté. Il faut dire que deux ans d’écriture me laissent encore à l’état de débutant !  ;-)

Pour apprendre à écrire, il n’y a qu’une chose à faire : écrire et écrire encore. Vous aurez beau lire tous les guides qui vous expliquent comment réussir dans l’écriture, si vous n’écrivez pas inlassablement, cela ne marchera pas. Le travail d’écriture est indispensable. Sans lui, vous n’arriverez pas à créer votre identité d’auteur, vous n’arriverez pas à faire décoller vos histoires. Afin de ne pas « manquer de souffle », si vous débutez l’écriture, je vous conseille vivement d’écrire de petits récits ; si vous vous lancez dans un roman de 400 pages, vous perdrez rapidement pied et la motivation baissera violemment.